Ce qui se passe actuellement en Tunisie, en Egypte, ce qui se développe en Algérie, mais aussi ce qui s’est passé l’année dernière en France lors du débat sur les retraites, montre que les citoyens savent faire entendre leur voix en limitant la violence, et sans forcément donner tout pouvoir à un leader ou à un groupe religieux, idéologique ou armé. Face à des oligarchies contestées, qu’elles soient religieuses, financières ou catégorielles (armées, partis …), des citoyens font entendre leur inquiétude et leur souhait de vivre mieux, plus que leur volonté de détruire un ordre en place. Un nouveau réalisme qui prend les oligarchies à défaut, car si elles sont armées pour lutter contre un groupe organisé, elles sont démunies face à ceux qui leur rappellent simplement que TOUS veulent vivre correctement, plus libres et plus dignes !
Contrairement aux anciennes « internationales » aristocratiques, marxistes, militaires ou néo libérales, se constitue une « internationale des citoyens » affirmant des valeurs pacifiques et de bon sens. Cette « internationale » souple, ouverte, en réseau, ne fait pas la révolution, mais cherche un « développement durable » pour tous, basé sur un meilleur partage des richesses, un dialogue ouvert et libre mais sans excès.
Reste que ce premier mouvement d’ouverture spontané risque de s’essouffler si ces citoyens ne bénéficient pas d’outils leur permettant de faire des propositions, de gérer la situation nouvelle. Et c’est là que les oligarchies peuvent en profiter soit pour exploiter l’expression citoyenne, soit pour la discréditer pour manque de compétence. Et c’est là que nous avons besoin d’une « internationale »
– non pas revendicative, car chaque revendication est à resituer dans le contexte local et appartient aux citoyens locaux,
– mais méthodologique, pour apporter aux citoyens locaux les supports nécessaires à la réussite de leur mouvement : outils de dialogue et de gestion démocratique, principes et outils de gouvernance …
Il nous faut donc créer des espaces de partage d’expérience, de savoir-faire et d’outils au service de la gestion politique, économique et sociale par des citoyens. Prenons le cas de Haiti : plutôt que la création d’une « république des ONGs », ne faut-il pas plutôt se mettre au service des citoyens haïtiens pour répondre à leurs besoins d’auto-organisation, afin qu’ils puissent prendre en charge ce dont ils ont besoin : l’éducation, la santé, la distribution alimentaire … ; donner les outils pour créer une mutuelle, une coopérative ou une association de quartier, ou encore pour mettre en place les bases d’une gestion citoyenne locale respectueuse de la culture et des contraintes du pays. De même les citoyens tunisiens ou égyptiens ont besoin maintenant de prouver que leur expression va au-delà d’une simple protestation, mais qu’elle peut déboucher sur de nouvelles manières de gérer les difficultés et opportunités de leur pays.
Si ce défi de la transition citoyenne est relevé, cela éviterait ce qui s’est passé dans tous les pays dans lesquels une oligarchie a remplacé une autre sans que les citoyens bénéficient du changement. Souvenons-nous ce qui s’est passé en Russie, où la « dictature du prolétariat » a été remplacée par une dictature des oligarques (beaucoup de ces oligarques étant des membres de l’oligarchie antérieure, reconvertis au capitalisme !). Regardons la Chine et ses mouvements de citoyens au niveau local, demandant un rééquilibrage des mécanismes économiques, sociaux et politiques souvent détournés par une minorité avide ou corrompue ; ces Chinois ne demandent pas forcément le bouleversement violent d’un système, mais l’amélioration de leur quotidien et la possibilité de peser sur leur destin.
En tout cas, le temps est venu pour une « révolution pacifique » dont les citoyens seront le acteurs solidaires au niveau international !
Laisser un commentaire