Pouvoir de vivre

mars 25, 2023

Gouvernement et grandes entreprises nous parlent de « pouvoir d’achat », et nous acceptons ce concept comme un élément au coeur de nos vies. Mais si le « pouvoir d’achat » est un aspect, limité, de notre pouvoir de vivre, il n’en est ni le cœur ni la meilleure composante ! Sauf qu’il traduit notre capacité d’exister dans le marché, que les évolutions politiques, sociales et culturelles récentes ont placé comme l’alpha et l’omega de nos sociétés. Dans le cadre du marché, sans pouvoir d’acheter, nous n’existons pas !

Pour reprendre les termes d’Emmanuel Macron, il y a ceux qui ont réussi et ceux « qui ne sont rien ». Ceux qui ne sont rien sont ceux dont le pouvoir d’achat et d’influence sur le marché est néant.

Or la vie ne se résume pas à notre capacité à acheter et vendre (y compris notre capacité de travail). Nous sommes des êtres sociaux à la recherche de la « bonne vie » dans des liens sociaux indispensables à notre épanouissement. Nous devons donc élargir notre « point à voir », pour reprendre le terme de Castaneda, pour renforcer notre pouvoir de vivre et d’assumer individuellement et collectivement notre destinée.

Economie sociale – Economie citoyenne

juin 9, 2013

Lors de l’Université de Printemps du Centre des Jeunes et Dirigeants de l’Economie Sociale et Solidaire, ce vendredi 7 juin, j’ai eu l’occasion de mettre l’accent dans mon intervention sur le rôle central des citoyens dans la nécessaire refondation et réintégration de l’économie, dans le cadre d’une gouvernance citoyenne de notre monde.

Je suis surpris de constater à quel point l’économie sociale elle-même, et ses proches avatars de l’entreprise sociale, sont devenus timorés sur la question de la « démocratie ». Comme si les « experts » (y compris certains entrepreneurs sociaux) ne voulaient pas d’une participation réelle et intensive des « citoyens lambda » ! Cela me fait craindre un éloignement de plus en plus important entre le monde de l’économie et celui des « décisionnaires » et le « peuple ». Je comprends bien la volonté d’efficacité qui anime le monde économique actuel, mais cette efficacité à court terme, cette agitation que je ressens comme une nouvelle idéologie du « vite fait bien fait », me paraît dangereuse à deux titres complémentaires :
– elle ne permet plus d’envisager calmement la complexité des décisions et actions, avec leur conséquence à plus long terme ;
– elle écarte la plupart des gens du processus de décision et de co-construction de l’avenir.

Et ces deux phénomènes complémentaires sont pour moi un grand danger pour les générations à venir, qui paieront cher notre précipitation. Ce qui est encore aggravé par la vision que nous avons des réseaux sociaux, nouveaux « accélérateurs » de la décision. Etant moi-même utilisateur, et m’observant, je vois que l’arme est à double tranchant : à la fois pont fantastique vers les autres et outil de démultiplication des informations et des idées, et miroir dans lequel on veut refléter une image qui entre dans l’idéologie dominante.

Certes, ce que je viens d’écrire n’est pas forcément très clair, mais intuitivement, je ressens un malaise et une méfiance : attention à ne pas noyer une vraie participation de tous à la construction de l’avenir dans une approche élitiste qui s’ignore !

LES ENJEUX DE L’HOMME, IMAGE FRACTALE DES ENJEUX DE L’HUMANITE ET DE LA PLANETE ?

décembre 2, 2012

Une image me travaille depuis quelques semaines, celle du cerveau dans le corps. Nous sommes, êtres humains issus d’une évolution naturelle qui s’est jouée sur notre planète, un ensemble complexe de particules avec, en simplifiant
– un cerveau, ses nodules et ses liaisons synaptiques ;
– en interaction permanente avec un corps dont il est partie prenante.

Premier niveau de réflexion : la « dualité » cerveau / corps » n’en est pas une car le cerveau est PARTIE du corps. Il y a complexité de cette relation en boucle (cf. Edgar MORIN).

Deuxième niveau de réflexion : l’ensemble « cerveau / corps », l’être humain, a sa cohérence, mais seulement en relation avec son environnement, humain, social, naturel. Il ne peut vivre qu’en RELATION avec ce qui l’entoure. Comme l’indique Jérémy RIFKIN dans son dernier livre, notre vie est basée sur l’empathie.

Troisième niveau de réflexion : dans ces relations avec l’environnement, nous avons des relations privilégiées avec notre environnement humain, la société, comme des nodes avec d’autres nodes. Et ces « bouts de sociétés », eux-mêmes fortement enchevêtrés, à leur tour se relient à d’autres, formant ainsi un réseau qui me semble refléter l’image du fonctionnement de notre propre cerveau, pour former au plus haut niveau un « cerveau planétaire » (cf. Joël de ROSNAY).

Quatrième niveau de réflexion, n’y a-t-il pas d’ « effet miroir » entre la manière dont nous constituons nos relations au sein de notre cerveau, avec les effets et interactions avec notre corps, et ce que le « cerveau planétaire » de notre humanité construit en relation avec son « corps » planétaire ? La qualité de nos connexions synaptiques individuelles, puis des connexions « synaptiques » en relation avec les autres, ne finissent-elles pas par constituer un reflet de ce que nous « faisons » à notre planète. Pour prendre une image simple : nos maladies liées à nos modes de vie sont-elle reflétées dans les maladies de la planète ?

Cinquième niveau de réflexion : notre construction d’outils de connexion par l’informatique, le Web et les médias sociaux, n’est-elle pas un autre effet miroir de notre « intuition » de cette « empathie universelle » nécessaire à notre intégration dans le monde ? Cette « distribution » et ces effets réseaux ne sont-ils pas l’outil très proche du cerveau dans son architecture, que nous pourrions utiliser pour améliorer notre « interface » avec le monde ?

Alors si nous revenons à l’action que nous pouvons mener : ne devons-nous pas faire notre « auto-analyse » humaine, personnelle et appuyée sur un échange collectif, et donc travailler à des connexions plus à même de contribuer à notre développement harmonieux en tant qu’êtres complexes. Ceci afin, par l’effet miroir, de refléter auprès des autres, et avec les autres auprès de notre environnement, une approche harmonieuse de notre co-développement ?

Beaucoup de questions ouvertes, mais peut-être un espoir, encore caché par sa dispersion, mais immense par son potentiel !

L’ALBANIE AUX ALBANAIS !

novembre 2, 2012

J’ai participé cette semaine à un séminaire organisé à Tirana sur les entreprises sociales. Ce séminaire m’a permis de raviver deux convictions fortes :

 

  1. L’évolution d’un pays doit avant tout reposer sur la culture, l’histoire et les capacités de ses habitants. Lors du séminaire, certains ont joué les « donneurs de leçons » et proposé des formules inventées ailleurs et / ou bien structurées … Mais mon expérience m’a montré que ces modèles ne sont que très rarement LA solution, même s’ils peuvent inspirer. Il faut à mon sens que le génie d’un « pays » (aussi bien entendu comme une nation que, et c’est sans doute encore plus vrai à ce niveau, comme une unité territoriale ayant sa cohérence économique, sociale, culturelle et politique) s’exprime dans la phase de choix des voies à explorer, et que les inspirations extérieures soient intégrées dans la démarche … et non l’inverse : plaquer un modèle sur une réalité qui peut rarement l’accepter tel quel !
  2. Dans le « pays » en question, les solutions élaborées avec les acteurs, « bottom up » sont bien plus efficaces sur le long terme que les modèles imposés ! Le même concept de « coopérative » peut être une mobilisation des citoyens comme un carcan imposé par les autorités, ce qui fut le cas en Albanie du temps du communisme. Et depuis, c’est le capitalisme triomphant qui définit les normes du développement, au détriment, une fois de plus, du « génie » émergeant de la population.

Alors quand le sommet impose à la base des modèles extérieurs, la catastrophe économique, sociale, culturelle et politique est probable ! Alors laissons aux Albanais le choix de leurs solutions, et apportons des expériences, expertises ou idées A LEUR DEMANDE émergeant de mouvements actifs sur le terrain.

Penser autrement : un impératif!

octobre 14, 2012

En début d’année je nous souhaitais une forte mobilisation. Mais pour que cette mobilisation ait réellement lieu, il faut aussi garder une autonomie de pensée. Or tout converge actuellement pour pousser l’ensemble des décideurs vers une « pensée commune » qui puise dans un référentiel en crise!
Ainsi, le nouveau pouvoir en France n’arrive-t-il pas à dire à se désengager de la voie sans issue « imposée » par les marchés financiers et une élite intellectuelle internationale elle-même « dans le moule ».
Pourtant, nous devrions aller au bout de deux trois choses pour nous en sortir :
– arrêter de considérer que l’argent « perdu » par les Etats, notamment pour soutenir le système financier et ses pertes sur des opérations largement virtuelles, doit être récupéré sur l’économie réelle et sur l’ensemble de la population ;
– avoir le courage de prendre une position internationale forte sur les paradis fiscaux et la fiscalité des flux financiers, afin d’éviter que ces moyens tant nécessaires ne disparaissent « ailleurs » ;
– avoir aussi la lucidité et la vision pour réaffirmer que l’affaiblissement progressif des Etats et des organisations internationales fait le lit d’une « non-gouvernance » dont de nouvelles puissances s’emparent progressivement : quelques « grandes puissances » financières internationales que sont les plus grands groupes multinationaux, dont l’objectif n’est pas en priorité, et ce n’est pas un reproche à leur faire, le bien commun… et les groupes mafieux qui sont de moins en moins marginaux dans la gestion des finances internationales !
Surtout, nous devons poursuivre la construction d’une gouvernance partant « du bas », des êtres humains dans leur contexte local, afin de pouvoir garantir dans le cas d’un effondrement du système « du haut », de plus en plus probable, un minimum de conditions de vie commune digne et propice à l’avenir de notre humanité.

Une année de solidarité ou une année d’échec majeur

janvier 10, 2012

2012 s’annonce comme une année critique pour notre monde, entre la crise financière, les risques écologiques croissants et les tensions politiques locales, nationales, régionales et globales. Mais « critique » ne veut pas forcément dire « mauvaise » !
Après une année 2011 marquée par l’indignation, 2012 devrait confirmer la tendance à la Mobilisation. La prise de conscience par les citoyens de nombreux pays de l’impasse dans laquelle se trouve notre actuel modèle de développement va croissant, et les initiatives se multiplient pour traduire cette prise de conscience en actions locales ou internationales. Le Réseau EUCLID, qui regroupe des dirigeants d’organisations d’initiative citoyenne en Europe, à par exemple montré par le concours d’innovation sociale de Naples qu’il était possible de mobiliser des énergies locales comme des idées venues de très loin pour contribuer à une dynamique citoyenne dans une ville. L’initiative sera renouvelée, et d’autres se sont mises en marche.
Cette mobilisation de terrain est à mon sens urgente, car la « superstructure » du système capitaliste risque fort d’imploser sans que les États aient les moyens et solutions pour « remplir le vide » ! Si c’est le cas, beaucoup de gens se retrouveront sans solution pour vivre dignement, et la paupérisation et la solitude seront le lot d’un nombre croissant de personnes. Il s’agit de relancer la consolidation ou la reconstruction de solutions locales. Basées sur l’initiative d’acteurs ancrés dans leur territoire et interconnectées, elles doivent permettre de reconstruire les articulations nécessaires à une vie commune dynamique et une vie individuelle digne. Je crois en cette ingéniosité individuelle et collective pour remplacer un système qui nous a rendus passifs, qui nous a endormis ! Réveillons nous pour reconstruire un monde à NOTRE image !

Lutter contre la pauvreté et l’exclusion – Mission accessoire ou coeur de la quête de croissance ?

octobre 19, 2011

Je participais les 17 et 18 octobre derniers à la Plateforme Européenne contre la Pauvreté et l’Exclusion, à Cracovie. J’ai été frappé par le nombre d’intervenants officiels insistant sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion en « attendant le retour de la croissance ». Et si la lutte contre l’exclusion par la participation de TOUS à la vie économique, sociale, culturelle était la prochaine croissance ? Et si la construction d’une société de la connaissance basée sur la mobilisation de tous les citoyens était le paradigme de demain ?
La croissance matérielle, industrielle, va devenir de plus en plus difficile à tenir face aux limites physiques de la planète. Le cycle consommation / innovation selon une logique de marché n’atteint-il pas ses limites en termes de dégâts sociaux et d’inégalités de plus en plus criantes ?
En revanche, la construction d’une société plus modérée dans ses modes d’expression économique, plus sobre sur le plan matériel, mais beaucoup plus ambitieuse dans la diffusion de la connaissance et la reconnaissance de la valeur de chaque être humain, n’est-elle pas une nouvelle forme de croissance durable et porteuse de progrès pour tous ?
Cela impliquerait bien sûr un glissement dans les valeurs dominantes. Nous devons modérer l’individualisme conquérant en quête de pouvoir et de richesse. Et cela pour aller vers un humanisme combinant respect et construction de l’individu et participation à des constructions collectives respectueuses du capital naturel qui conditionne nos vies.
En termes de méthode, cela impliquerait aussi plus de travail en réseau et moins d’auto-célébration des « dominants ». Cela nécessiterait que TOUS les citoyens concernés par un sujet participent à son traitement. Un retour donc vers une démocratie participative que les réseaux sociaux préfigurent sans en être l’aboutissement. Cela impliquerait aussi un investissement massif dans l’éducation et la santé pour permettre à toute personne d’être en mesure de participer à l’aventure commune. Cela demanderait évidemment des démarches « bottom up » partant du terrain et des gens, avec un cadre de gouvernance ouvert et universel. Vous avez dit : « Pas de croissance ? »
« I have a dream » disait Martin Luther King. « We share a dream » devraient pouvoir dire tous les êtres humains.

L’Islande prépare sa nouvelle constitution avec ses citoyens

octobre 2, 2011

Discrètement mais efficacement, un pays européen est passé d’une crise financière, économique et politique majeure à une démarche associant les citoyens à la construction de sa nouvelle loi fondamentale.
Ce processus a été entamé à l’initiative de citoyens qui ont organisé une convention de travail rassemblant 1 500 citoyens représentatifs de la population de ce pays nordique. Des conclusions tirées de ce premier travail citoyens le Gouvernement a tiré la conclusion qu’il ne pourrait conduire l’avenir du pays qu’en poursuivant selon les mémes règles de démocratie participative. Une deuxième réunion avec 1 000 personnes, citoyens et décideurs politiques rassemblés, a permis d’esquisser les pistes d’une future constitution, en partant notamment des valeurs que partagent les Islandais.
Puis un comité de 25 citoyens vient de rendre sa « copie » d’un projet de constitution qui sera soumis au Parlement.
Au-delà du processus, qui a redonné le pouvoir à la société civile, le projet de constitution tient compte de l’expérience traumatisante de dépossession du pays pour construire un texte plein de bon sens et de règles de contrôle et d’initiative démocratiques.
Je pense que ce qui s’est passé dans ce pays qui a vécu la crise financière grave dans laquelle le reste de l’Europe s’enfonce actuellement devrait nous interpeler et nous pousser à demander l’association des citoyens aux décisions économiques, sociales, politiques, tout en les encourageant à affirmer les valeurs qui fondent nos pays. A l’entrée dans la campagne électorale française, ne devrions-nous pas tous demander l’organisation d’un tel processus de réflexion citoyenne au niveau du pays pour que nous ayons tous une « table autour de laquelle tous peuvent s’asseoir » (termes utilisés dans le préambule du projet de constitution islandais).

Comment le Pouvoir refuse un minimum de transparence !

juin 2, 2011

L’information ne fait pas la une, mais elle est significative du peu de transparence que les gens de pouvoir sont prêts à accepter. En France, un projet de loi qui visait à imposer un minimum de transparence et de rigueur aux sondages d’opinion, amendé dans le bon sens par le Sénat, est en train d’être vidé de sa substance par l’Assemblée Nationale, sous la pression du Gouvernement et de l’Elysée.

Là où le Sénat avait demandé que les sondages soient accompagnés d’informations notamment sur les marges d’erreur des sondages, les députés reviennent en arrière, en mettant en exergue la place que cela prendrait dans les journaux, et en limitant l’information à des mentions sur le site Internet !

Cette volonté de laisser aux seuls commanditaires des sondages la totale maîtrise des résultats, et les limites aux informations et avertissements pour les citoyens (notamment ceux qui sont victimes de la fracture numérique), est une preuve de plus sur la progressive déconnection entre la « France d’en haut » et les citoyens, et sur les risques grandissants de manipulation de l’opinion.

Comment s’étonner que des « insurgés » apparaissent partout, revendiquant une vraie démocratie dont ils soient partie prenante ?

Une vague d’espoir citoyen

Mai 30, 2011

Après les pays du monde arabe, au tour de l’Europe ! Les rassemblements en Espagne, en France et les pressions populaires concernant le nucléaire en Allemagne montrent que la « société civile » n’est plus passive. Elle agit, sans les corps intermédiaires traditionnels (syndicats, partis …) et en ignorant les corps institués, les symboles du « pouvoir démocratique » (élections, parlement, gouvernement …). Ces mouvements montrent que les jeunes et beaucoup de moins jeunes ne croient plus dans la démocratie formelle et souhaitent en inventer une nouvelle, plus directe, plus proche d’eux, de leurs vrais soucis et souhaits, sans langue de bois et promesses vides !

Et nous sommes à la fois dans la contestation nationale, la reprise d’initiative locale et la coordination internationale. Les cadres traditionnels et soi-disant souverains, notamment l’Etat, sont ignorés, rejetés, au profit de nouvelles formes de démocratie citoyenne. Le désir de souveraineté change de mains pour revenir à ceux qui doivent l’incarner : des personnes et des groupes citoyens !

Vive la nouvelle démocratie !