Que souhaiter pour 2011 ?

janvier 2, 2011

Cette année est pour une majorité des êtres humains l’année 2011. Il faut cependant rappeler que

– ce 2 janvier n’est pas le début de l’année pour beaucoup (les Chinois dans leur tradition par exemple)

– cette année n’est pas 2011 pour d’autres traditions : Israëlites, Iraniens, Musulmans …

Rappeler cela, c’est aussi souligner que l’important pour l’humanité est de trouver le chemin d’un partage respectueux afin de permettre à chacun de trouver sa voie propre, tout en participant à l’aventure commune de notre planète.

Oui, tous les hommes ne partagent pas les mêmes croyances, les mêmes préoccupations, les mêmes priorités. Non, il n’est pas sain d’imposer à tous un seul modèle, qu’il soit économique, social, culturel ou religieux …

Mais oui, et c’est là le paradoxe à gérer, l’humanité, tout en étant diverse, partage aujourd’hui un destin largement rendu commun par les limites naturelles de notre planète et les communications rendues possibles quasiment instantanément à travers le monde.

De ce paradoxe, il ressort que le destin de chaque être humain est à la fois

– solitaire, car chaque entité vivante a sa propre expérience, sa propre « place », dans un cheminement intérieur et extérieur, souvent ressenti comme solitaire et non partageable ;

– ET solidaire, par nécessité naturelle et sociale (la « mondialisation » des enjeux), mais aussi par l’essence même des êtres humains, qui sont des « animaux sociaux » ne pouvant quoi que l’on dise vivre seuls !

Ce paradoxe rend indispensable pour chacun et pour tous la coexistence du respect de chacun (les droits de l’homme en sont la traduction dans la communauté des nations en construction avec les Nations Unies) et de la nécessaire construction de solidarités permettant d’éviter que les droits des uns deviennent la destruction de la vie des autres (les droits économiques et sociaux sont en grande partie la traduction de cette construction collective).

Mon voeux pour 2011 est donc que nous puissions gérer au mieux ce paradoxe, individuellement et collectivement. Ce que j’appelerais une « démocratie solidaire », qui implique :

– de donner à chacun les moyens matériels, intellectuels et spirituels de trouver sa voie, notamment par la santé, l’éducation et la tolérance ;

– de permettre aux communautés (en commençant au niveau local) dans lesquelles les femmes et les hommes vivent de se construire dans le respect de chacun et avec une volonté politique de contribuer à la gestion collective de l’ environnement économique, social, naturel de ces communautés ;

– de travailler au niveau global sur une vision politique partagée et des stratégies et outils collectifs qui servent au mieux cette démocratie solidaire, tout en laissant chaque communauté locale, nationale ou régionale d’adapter ces stratégies et outils à sa culture et sa réalité de terrain.

MEILLEURS VOEUX 2011 !

La solidarité est une valeur efficace !

décembre 16, 2010

Le rapport 2010 d’Odissée établit, en France comme en Europe, un lien très fort entre performance et lien social … (v. article paru dans La Croix du 16 décembre 2010). Où l’on retrouve une évidence souvent occultée : la performance individuelle n’est pas la panacée quand elle est isolée de son contexte, car l’homme reste un « animal social » !

Cette étude rejoint les constat qui ont alimenté les débats qui se sont déroulés hier à la MGEN sur le « socle de protection social ». Le débat sur cette initiative des Nations Unies qui vise à assurer un minimum de protection sociale aux 80% de la population mondiale qui n’en bénéficient pas, s’est déroulé entre le Président de la MGEN Thierry BEAUDET, de Martin HIRSCH (actuellement membre du Groupe Consultatif sur le socle de protection sociale), de Christian Jacquier (BIT), de Jean-Marie SPAETH (ancien Président de la CNAM et actuel Président du GIP SPSI) et du Président du Réseau Education et Solidarité Jean-Philippe HUCHET. Des études effectuées par le BIT et les Nations Unies prouvent que les pays bénéficiant d’une protection sociale se sortent mieux de la crise que les autres. La solidarité est donc bien une condition de la performance. On pourrait dire la même chose de la comparaison entre sociétés d’assurance et mutuelles dans le domaine de la santé : là où les lucratifs ne reversent en prestation à leurs clients que 65-70% des primes versées en France, une mutuelle comme la MGEN en est à 95% ! OUI LA SOLIDARITE EST ECONOMIQUEMENT EFFICACE pour ceux qui y participent et pour l’ensemble de la société. Pourquoi ne mentionne-t-on jamais que le coût de la santé en pourcentage du PIB aux Etats-Unis inclut les frais de gestion, la rémunération des actionnaires et les coûts de communication des sociétés d’assurance lucratives … ce qui accroît fortement le coût pour la société, sans accroître l’efficacité des soins !!!?

Et cette efficacité mesurée économiquement n’est qu’un aspect. Rajoutons que les entreprises d’économie sociale sont aussi plus efficaces que l’Etat pour mobiliser les citoyens et équilibrer chez eux les droits et les responsabilités. Des adhérents d’une mutuelle impliqués dans les décisions sur leur couverture santé ou retraite ne sont pas de purs « consommateurs » mais des vrais décideurs. OUI LA SOLIDARITE EST SOCIALEMENT EFFICACE !

La solidarité une valeur ringarde ? Plutôt une valeur qui a une longueur d’avance !

Le MOUVES comme lieu de rencontre du « génie solitaire » et du « génie solidaire » !

octobre 31, 2010

Je me suis engagé au sein du MOUVES et ai été élu au Conseil d’Administration de ce mouvement.

Cet engagement, je l’ai voulu pour 3 raisons :

– Il me paraît essentiel que l’économie sociale retrouve une vraie audience auprès du public, et les notions d’entreprise, d’entrepreneur et d’ « entreprise sociale » me paraissent devoir apporter une image rénovée à ce qui constitue à mon sens l’avenir pour une économie durable. Le MOUVES, j’en suis convaincu, permet de renouveler le discours sur l’ « entreprendre autrement » et de lui ouvrir de nouvelles audiences, tout en s’inscrivant dans l’économie sociale et solidaire.

– J’ai aussi voulu participer à l’aventure du MOUVES avec une perspective européenne : quand on échange avec d’autres acteurs européens, il est essentiel d’ouvrir portes et fenêtres pour permettre le dialogue. Les débats ouverts par le MOUVES font écho avec ce qui se discute en Europe, notamment au sein d’EUCLID, le réseau des dirigeants de l’économie sociale et solidaire (ou du Tiers Secteur, ou d’organisations issues de la société civile … : rien que cette liste prouve l’importance du débat !!!) : Vision anglo-saxonne ou vision continentale ? Valeurs et principes, statuts ou preuve par l’action ? Liens et différences entre économie sociale et RSE ? …

– Enfin, et peut-être surtout, je reste convaincu que l’homme, animal social, ne peut réussir seul, et je suis très intéressé par la tension positive qui peut naître de l’interaction entre les valeurs collectives de l’économie sociale et la dynamique de l’entrepreneuriat. Je suis personnellement convaincu que l’on ne peut que très rarement parler d’un entrepreneur comme d’un « génie solitaire » qui est à l’origine de toute l’entreprise et de sa réussite. Je crois beaucoup plus au « génie solidaire » qui nécessite du charisme personnel, allié à un projet collectif partagé avec d’autres … Quel meilleur lieu pour réinventer cette construction personnelle / collective qu’un mouvement d’entrepreneurs « sociaux et solidaires » ?

Imaginer l’avenir plutôt que ressasser le passé !

septembre 21, 2010

Nous vivons une crise sans précédent dans notre monde unifié et pourtant si divisé. Et nous avons malheureusement tendance, face à cette crise, à nous réfugier dans le passé et ses solutions toutes faites :

– si l’économie va mal, c’est que nous n’avons pas été assez loin dans l’application des règles du capitalisme = l’intégrisme économique ;

– si les « autres » nous gênent, c’est qu’ils ne pensent pas comme nous qui avons raison (que nous soyons Chrétiens, Musulmans ou Laïcs) = l’intégrisme « religieux » ;

– si la société va mal, il faut l’encadrer avec plus de sévérité, d’ordre et de sécurité = l’intégrisme politique et social …

Sans connaître la solution, car elle ne peut naître que d’un élan collectif, je pense qu’en tout cas nous devons non pas fermer nos esprits, nos coeurs et notre volonté, mais bien au contraire les ouvrir. Nos défis sont complexes, impliquant de nombreux acteurs et nécessitant une « invention de l’avenir ». Cette nécessité devrait interpeler notre bon sens :

– les solutions du passé, refuge confortable face à nos peurs, ne sont pas la panacée, donc la première étape est d’accepter d’ouvrir nos esprits et notre créativité, de les laisser « vagabonder » vers de nouvelles idées, de leur donner la possibilité d’explorer de nouvelles pistes de développement sans préjugé ;

– nous ne pouvons pas non plus rester confortablement dans nos milieux habituels, en fermant nos coeurs et nos oreilles à ce que d’autres, ailleurs, pensent et vivent : nous devons ouvrir nos coeurs et nos réseaux pour travailler avec d’autres et trouver avec eux ce qui nous est commun et ce qui rendra notre avenir commun meilleur ; cela signifie notamment accepter de rencontrer des « ennemis » d’hier pour les provoquer, les stimuler et les amener à partager avec nous ce qui peut l’être tout en accueillant leurs points de vue et en les intégrant dans nos réflexions (cf. le travail que l’économie sociale doit faire avec le secteur lucratif et les collectivités publiques, sans pour autant renier ses valeurs) ;

– nous devons également fortifier notre volonté, individuelle et collective, pour pouvoir ouvrir coeurs et esprits, car cela prend du temps et de l’énergie de mettre en route ce qui a pris l’habitude de « ronronner ». C’est un exercice quotidien, une forme d’ « ascèse » bénéfique.

Pour ceux qui souhaitent travailler ces pistes, un bouquin encourageant, malheureusement non traduit en français : « Theory U » de C. Otto SCHARMER (éditeur Berrett Koehler). Et un deuxième pour la route, celui-là en français, qui ouvre de nouvelles perspectives pour la construction d’une civilisation adaptée à notre avenir : « Surgissement d’un nouveau monde » de Marc LUYCKX GHISI (Editeur Alphée).

Notre avenir dépend de notre engagement dans des réseaux !

septembre 15, 2010

Nous avions hier l’Assemblée Générale du Réseau EUCLID. Une journée pleine de contacts, d’idées, de nouvelles perspectives !

Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre les personnes présentes dans la salle, pleines de projets, optimistes et volontaires, et les messages de nos invités, « coincés » dans les institutions de l’Union Européenne. Que ce soit la « Ministre des Affaires Etrangères » ASHTON ou les parlementaires qui sont venus témoigner de leurs actions, le sentiment qui se dégage est « Aidez-nous à faire bouger les choses ». Au-delà des invocations de surface, le message plus profond est bien que la société civile en réseau, les femmes et les hommes de terrain, ont un rôle majeur à jouer pour faire avancer le projet de société face à des « décideurs » politiques qui n’en ont plus que le nom, car engoncés dans un costume en béton armé !

S’engager dans des réseaux porteurs de PROJETS est donc un devoir pour tous ceux qui veulent que le monde change. Il n’est plus question d’attendre des pouvoirs en place des percées, ils en sont malheureusement largement incapables. Ils ont besoin de nous, alors soyons créatifs, porteurs de valeurs et offensifs !

Des dieux et des hommes

septembre 12, 2010

Je viens de sortir du cinéma, et je tiens à partager quelques impressions à la vue du film « Des dieux et des hommes ». Au-delà de l’émotion qui se dégage de ce film, et sans s’attacher aux religions concernées par le sujet de l’oeuvre, il a un intérêt par la force de certains messages que je juge universels.

Premier message : au-delà des religions et de la foi, le film montre une leçon de vrai courage, car ces hommes ont peur, ont des doutes, mais en puisant au plus profond d’eux-mêmes ils prennent la décision de rester là où leur vocation (au sens le plus laïc du terme) les appelle.

Deuxième message : la spiritualité n’est pas la religion, mais ce fond commun dont nous disposons tous. Nous pouvons tous y puiser si nous en avons la volonté, si nous savons dépasser l’approche superficielle de la vie. Dans ce film, les gestes sont ceux de la vie quotidienne, mais c’est dans l’intensité de la manière dont on les vit que se trouve la « vraie vie ». Scène extraordinaire, la « dernière cène », avec des hommes (plus des moines) qui partagent chaleur humaine et un peu de vin et de musique dans un silence de paroles qui les plongent dans ce qui les unit.

Troisième message : l’amour l’emporte sur d’autres valeurs. Ce n’est pas le pouvoir des armes ou de la politique qui compte mais le pouvoir de l’amour, de la solidarité. et même longtemps après leur mort, ces hommes ont laissé une trace indélébile, universelle.

Un film à voir en tout cas, et une source d’inspiration pour des hommes engagés dans la société civile, car la vraie société civile, solidaire, courageuse et solidaire est là à chaque instant !

Innovation sociale : une contribution personnelle au débat … – Social innovation : a personal contribution to the debate

Mai 8, 2010

Une fois n’est pas coutume, je vais publier un article en anglais. Tout simplement du fait que je vais devoir intervenir lundi prochain à la conférence de Madrid du réseau EUCLID NETWORK. Je vais très rapidement produire une version française de cet article pour les francophones, c’est promis !

« Innovation » may mean :

a new way to do an action / to produce a product

a new action / a new product

a new way to do a new action / a new way to produce a new product.

As a former industrialist, I have participated in this process for products, but also services.

As a social economy actor, I fear we just keep to this very broad définition for « social innovation », mixing up what social innovation and service innovation are. This is why I would like to give my view on this very important subject, to be sure we are also innovative in the way we define « social innovation » !

To me, « social innovation » is about a solidarity based service or product innovation having strong social impact for the common good, and developped with the (central) participation of citizens.

Let’s take every element, which I must insist are all necessary.

1. Solidarity based service or product innovation

I think that we can’t limitate « social innovation » to « innovations in the field of social services ». It’s more about having a « positive social impact » which can be from the product / service itself or through the way citizens are part of the process of developping the innovation. I’ll come back to this Citizen participation critérium.

A social innovation, in my point of view, has as a principle, a solidarity component, a social cohésion component. To produce coffee in a social promotion orientation is part of this « solidarity » component at an international level.

2. Strong social impact for the common good

Innovations by traders on a financial product have had strong impact, but we all know (now !) that it was not ment as a way to contribute to the common good, but a way to preserve profit for each actor in the financial chain, with a disastrous global result !

A second very important criterium about « common good » is the not for profit orientation of the innovation. A social service developped to make a profit will, at a point of time, change to adapt to the criteria of profit and loose its « common good priority ». Therefore, as far as I see it, a « social innovation » can’t be developped as profit oriented. Which does’nt mean a for profit actor can’t be part of it, but this actor would accept to a strong limitation of the profit, that profit being secondary to common good.

3. Development with the (central) participation of citizens

Last but not least, participation of citizens in the « social innovation » process is central. An individual innovation is a « entrepreneur’s innovation », which is well known, as is well known « corporate innovation », based on a collective effort of the employées of a company, with possible outside help (cf. State research). But the place of citizens in these processes is marginal or inexistant.

A « social innovation » means a very strong impulse and participation of the citizens and especially beneficiaries. This can be done through :

participation to the innovation development of beneficiaries

strong implication of the citizens in the governance of the innovation process, incl. governance of the organization.

Taking in account all these éléments, one can note that traditional « social economy » is at the core of the process. My meaning is not a défensive one, but an OFFENSIVE one : WE NEED SOCIAL INNOVATION, as defined above, TO PREPARE A SUSTAINABLE FUTURE FOR HUMANITY.

Therefore I would invite States, local authorities and companies to think together with traditional third sector structures to develop these « social innovations » TOGETHER. We all need to join forces to complement individual and corporate service and product innovation with « social innovations » !

La coopération internationale en action : la nécessaire synergie entre cohésion et efficacité

avril 25, 2010

J’ai participé pendant 4 jours au Sénégal aux travaux et à une manifestation du « PROgramme de DEveloppement des Réseaux pour l’Education en Afrique de l’Ouest » (PRODERE AO), coordonné par SOLIDARITE LAIQUE. C’était ma première expérience de travail en Afrique, et j’en ressors non seulement « amoureux » de l’Afrique mais aussi conforté dans ma conviction que la formation et la sensibilisation aux relations interculturelles est un élément essentiel de la culture de l’ « honnête homme/femme » du 21ème siècle.

Comme en Asie Orientale, j’ai retrouvé ici l’importance du temps passé à construire un consensus, plutôt que l’approche plus juridique et majoritaire des Occidentaux. Ainsi, lors d’un débat important, une proposition a été faite pour voter, mais les participants ont tout fait pour éviter ce processus qui divise et trouver une solution qui rassemble tout le monde autour d’une vision commune. Bien entendu, on y perd un peu de temps pendant la réunion et dans la mise en oeuvre, mais dans la construction d’un groupe en cohésion, c’est une excellente approche. D’autant plus dans un milieu des ONGs habitué aux débats démocratiques !

Autre leçon de ces journées : la capacité, quand chacun respecte sa place et celle des autres, son apport et celui de chacun, de construire un travail international de grande qualité, sans domination d’un des partenaires.

Face à ce processus éminement « organique », il faut entrer dans le cadre fixé par de financeurs et partenaires qui eux ont de plus en plus une approche « numérique », demandant de l’efficacité, du planning et des résultats. Et c’est à mon sens de cette confrontation que se construit un nouveau mode de travail à l’international, en tension entre ces deux bornes. Très clairement, à mon sens, on ne peut être aux extrêmes du spectre ainsi créé !

En conséquence, il faut je crois

– d’un côté amener des acteurs qui ont besoin d’un temps de construction d’un consensus et d’une vision partagée,  à prendre en compte la nécessaire structuration d’une communication et de processus de reporting et de planning rigoureux

– de l’autre sensibiliser les bailleurs de fonds et partenaires institutionnels à la nécessité de « donner du temps au temps » pour que le consensus international se construise afin que les projets concrets  débouchent dans les meilleures conditions.

Et puis, au-delà de cette notion de gestion équilibrée de projets internationaux, je suis aussi convaincu que l’éducation de l’homme / la femme de demain gagnerait beaucoup à bénéficier de telles expériences de participation à des travaux internationaux. Une pierre essentielle à la construction de la démocratie mondiale dont nous avons tant besoin !

Chine : Un continent en quête de solidarité

mars 16, 2010

La Chine a développé un modèle original, fait de contrôle politique et de liberté économique … mais elle avait un peu oublié que le contrôle politique et la liberté économique sans le développement social et l’équilibre environnemental n’est pas une solution durable ! De retour d’un voyage sur place après 10 ans, ce qui me frappe c’est 3 choses :

– l’image « lisse » laissée par ces grandes villes désormais développées et offeuses de luxe et de consommation, alors que seulement quelques kilomètres plus loin, la « vieille Chine » que j’avais connue continue à exister … et encore je ne suis vraiment pas allé loin !

– l’efficacité économique, attestée dans tous les domaines (avions à l’heure et bagages délivrés en un temps record, organisation des rendez-vous d’affaire, qualité des rencontres et des discussions et professionnalisme des interlocuteurs …)

– la crainte diffuse mais omniprésente du déséquilibre actuel, dans les sphères politiques, dans les ministères comme auprès des personnes rencontrées.

Il est temps que ce pays que j’aime pour son dynamisme et sa culture, dont j’aime les habitants si attentionnés et délicats, aborde sans préjugé la question de son développement équilibré. Ce n’est plus tant la création de richesse qui est en jeu, mais son partage. Et le Gouvernement chinois le reconnaît désormais ce qui est plutôt bon signe.

Une fois de plus, le capitalisme pur et dur fait la preuve de son incapacité à promouvoir un développement équilibré socialement. Parallèlement, il est temps que la Chine accepte, pour commencer, une dose de démocratie, ce que j’appellerais une « démocratie responsable de gestion ». Une démocratie qui aurait pour objet la gestion responsable de l’environnement de vie des personnes : l’environnement naturel, la protection sociale, l’agriculture … ont besoin que les personnes soient associées aux choix locaux afin d’en assurer la qualité. A l’échelle d’un pays-continent, un gouvernement autoritaire et une économie capitaliste et ses acteurs à la recherche du profit sont incapables à eux seuls d’assurer le développement équilibré du pays et de ses régions ; ils ont besoin de la participation active de citoyens responsables, engagés et conscients de l’importance de la solidarité !

Où l’on retrouve ce « tiers secteur », cette « économie sociale », mais dans un modèle qui sera nécessairement différent de celui développé en Europe !

MOUVES : Un nouvel acteur pour poursuivre la réflexion sur l’économie sociale !

février 21, 2010

J’ai longuement réfléchi avant d’écrire ce que je ressentais après la manifestation inaugurale du MOUVES (Mouvement des Entrepreneurs Sociaux), le 2 février dernier.

Après mûre réflexion, je pense que cette initiative est une bonne chose pour l’économie sociale française, mais aussi dans les développements actuels en Europe. Sur le fond, je reste réservé par rapport à certains partis pris des créateurs de ce mouvement, et notamment sur le risque existant dans la confusion « entreprise sociale », « entrepreneur social » et « entrepreneuriat social ». Mais là n’est pas la question : nous aurons les mois à venir pour travailler sur le fond, et je compte bien m’engager dans ce débat en tant qu’adhérent !

Ce qui est important c’est que cette initiative pousse à une vraie clarification sur ce qu’est l’économie sociale et son apport. Et qu’elle ouvre un débat sérieux avec les tenants d’une approche « entrepreneur social » à l’anglo-saxonne. Et cela dans un contexte mouvant.

Ainsi, les conservateurs britanniques veulent « sous-traiter » à des entreprises sociales créées notamment par des fonctionnaires les services publics ; en France la mission Vercamer réfléchit sur les entreprises sociales et l’apport des associations et autres structures d’économie sociale aux mission d’intérêt général.

Dans ces évolutions, il serait à mon sens dangereux de considérer TOUTE entreprise qui accepte d’entrer dans l’exécution de missions d’intérêt général comme une « entreprise sociale ». Qui dit intérêt général dit intérêt au service de l’ensemble des CITOYENS. Ce ne sont donc que des entreprises qui intègrent une vraie dimension citoyenne qui peuvent répondre au défi ; la démocratie interne, la participation des citoyens, sont des critères essentiels. De même, il serait dangereux de considérer que la non lucrativité n’est pas liée à la bonne exécution d’une mission d’intérêt général : le premier objectif doit rester la mission et non un objectif de rémunération d’un actionnaire ! Enfin, et l’on revient à l’association des personnes concernées comme des autres acteurs, nous sommes dans une vision de solidarité, de ciment social, qui vient remettre du liant là où la société est aujourd’hui axée sur des réflexes de « consommateurs » y compris pour les services publics.

Si le MOUVES permet de contribuer positivement à apporter une réponse à ces enjeux, je pense qu’il joue un rôle important, en dehors d’une approche purement institutionnelle souvent paralysante, car pouvant craindre de mettre à jour des modèles. Alors débattons et trouvons de nouvelles dimensions à l’économie sociale et ses valeurs fondatrices qui restent incontournables !