Archive for the ‘Société civile et économie sociale’ Category

Pouvoir de vivre

mars 25, 2023

Gouvernement et grandes entreprises nous parlent de « pouvoir d’achat », et nous acceptons ce concept comme un élément au coeur de nos vies. Mais si le « pouvoir d’achat » est un aspect, limité, de notre pouvoir de vivre, il n’en est ni le cœur ni la meilleure composante ! Sauf qu’il traduit notre capacité d’exister dans le marché, que les évolutions politiques, sociales et culturelles récentes ont placé comme l’alpha et l’omega de nos sociétés. Dans le cadre du marché, sans pouvoir d’acheter, nous n’existons pas !

Pour reprendre les termes d’Emmanuel Macron, il y a ceux qui ont réussi et ceux « qui ne sont rien ». Ceux qui ne sont rien sont ceux dont le pouvoir d’achat et d’influence sur le marché est néant.

Or la vie ne se résume pas à notre capacité à acheter et vendre (y compris notre capacité de travail). Nous sommes des êtres sociaux à la recherche de la « bonne vie » dans des liens sociaux indispensables à notre épanouissement. Nous devons donc élargir notre « point à voir », pour reprendre le terme de Castaneda, pour renforcer notre pouvoir de vivre et d’assumer individuellement et collectivement notre destinée.

L’Islande prépare sa nouvelle constitution avec ses citoyens

octobre 2, 2011

Discrètement mais efficacement, un pays européen est passé d’une crise financière, économique et politique majeure à une démarche associant les citoyens à la construction de sa nouvelle loi fondamentale.
Ce processus a été entamé à l’initiative de citoyens qui ont organisé une convention de travail rassemblant 1 500 citoyens représentatifs de la population de ce pays nordique. Des conclusions tirées de ce premier travail citoyens le Gouvernement a tiré la conclusion qu’il ne pourrait conduire l’avenir du pays qu’en poursuivant selon les mémes règles de démocratie participative. Une deuxième réunion avec 1 000 personnes, citoyens et décideurs politiques rassemblés, a permis d’esquisser les pistes d’une future constitution, en partant notamment des valeurs que partagent les Islandais.
Puis un comité de 25 citoyens vient de rendre sa « copie » d’un projet de constitution qui sera soumis au Parlement.
Au-delà du processus, qui a redonné le pouvoir à la société civile, le projet de constitution tient compte de l’expérience traumatisante de dépossession du pays pour construire un texte plein de bon sens et de règles de contrôle et d’initiative démocratiques.
Je pense que ce qui s’est passé dans ce pays qui a vécu la crise financière grave dans laquelle le reste de l’Europe s’enfonce actuellement devrait nous interpeler et nous pousser à demander l’association des citoyens aux décisions économiques, sociales, politiques, tout en les encourageant à affirmer les valeurs qui fondent nos pays. A l’entrée dans la campagne électorale française, ne devrions-nous pas tous demander l’organisation d’un tel processus de réflexion citoyenne au niveau du pays pour que nous ayons tous une « table autour de laquelle tous peuvent s’asseoir » (termes utilisés dans le préambule du projet de constitution islandais).

Comment le Pouvoir refuse un minimum de transparence !

juin 2, 2011

L’information ne fait pas la une, mais elle est significative du peu de transparence que les gens de pouvoir sont prêts à accepter. En France, un projet de loi qui visait à imposer un minimum de transparence et de rigueur aux sondages d’opinion, amendé dans le bon sens par le Sénat, est en train d’être vidé de sa substance par l’Assemblée Nationale, sous la pression du Gouvernement et de l’Elysée.

Là où le Sénat avait demandé que les sondages soient accompagnés d’informations notamment sur les marges d’erreur des sondages, les députés reviennent en arrière, en mettant en exergue la place que cela prendrait dans les journaux, et en limitant l’information à des mentions sur le site Internet !

Cette volonté de laisser aux seuls commanditaires des sondages la totale maîtrise des résultats, et les limites aux informations et avertissements pour les citoyens (notamment ceux qui sont victimes de la fracture numérique), est une preuve de plus sur la progressive déconnection entre la « France d’en haut » et les citoyens, et sur les risques grandissants de manipulation de l’opinion.

Comment s’étonner que des « insurgés » apparaissent partout, revendiquant une vraie démocratie dont ils soient partie prenante ?

Une vague d’espoir citoyen

Mai 30, 2011

Après les pays du monde arabe, au tour de l’Europe ! Les rassemblements en Espagne, en France et les pressions populaires concernant le nucléaire en Allemagne montrent que la « société civile » n’est plus passive. Elle agit, sans les corps intermédiaires traditionnels (syndicats, partis …) et en ignorant les corps institués, les symboles du « pouvoir démocratique » (élections, parlement, gouvernement …). Ces mouvements montrent que les jeunes et beaucoup de moins jeunes ne croient plus dans la démocratie formelle et souhaitent en inventer une nouvelle, plus directe, plus proche d’eux, de leurs vrais soucis et souhaits, sans langue de bois et promesses vides !

Et nous sommes à la fois dans la contestation nationale, la reprise d’initiative locale et la coordination internationale. Les cadres traditionnels et soi-disant souverains, notamment l’Etat, sont ignorés, rejetés, au profit de nouvelles formes de démocratie citoyenne. Le désir de souveraineté change de mains pour revenir à ceux qui doivent l’incarner : des personnes et des groupes citoyens !

Vive la nouvelle démocratie !

Une belle découverte : l’Amérique Latine et son dynamisme solidaire

Mai 3, 2011

J’ai participé la semaine dernière à la première « Semaine de la Sécurité Sociale » à Mexico, organisée par les grandes institutions de la sécurité sociale d’Amérique Latine. Autant j’ai l’impression que nous avons souvent de la peine à identifier droits et obligations concernant la solidarité en Europe, autant ici, il y a une volonté forte de faire avancer l’idée de solidarité. Il faut dire qu’après des décennies de néolibéralisme sauvage et de dictatures dans de nombreux pays, ce continent a une envie de construire « autre chose », et les acteurs sont surprenants d’enthousiasme et de volonté.

Cette participation m’a aussi fait prendre conscience à quel point la notion de développement est variable : sur les sujets concernant l’éducation, les syndicats, les autorités, les organisations issues de la société civile, sont à mon sens bien plus conscients des besoins, qui sont il est vrai immenses !

Pour un premier voyage en Amérique Latine, j’ai aussi découvert des gens ayant un sens de la fête et de la réception exceptionnel… Cette convivialité, ces échanges longs qui m’ont rappelé les palabres africaines, donnent une qualité relationnelle et un sens d’appartenance à une communauté très forts.

Eviva Latin America!

A lire : « Démocratiser l’économie »

avril 1, 2011

C’est vite lu mais cela mérite une plus longue macération ! Le livre écrit par Hugues Sibille et Tarik Ghezali (références dans bibliographie) est un petit bijou car il renouvelle la pensée sur l’ « économie sociale et solidaire » en rappelant des évidences oubliées (p.ex. que les statuts ne font pas tout) mais aussi en ouvrant de nouveaux axes de travail pour prendre en compte toutes les dimensions de l’homme dans l’entreprise : investisseur, travailleur, bénévole, sociétaire, manager ou entrepreneur …
Remettre le citoyen, l’être humain, au cœur des projets économiques, articuler en bonne intelligence les différentes formes d’économie respectueuse de l’humain (RSE en entreprise lucrative, économie sociale traditionnelle, foisonnement autour de l’entreprise sociale …) : une manne pour ceux qui veulent s’engager sans s’enfermer !

Consultation sur l’acte sur le marché unique : faire entendre la voix des citoyens

février 24, 2011

On reproche à l’Europe son déficit démocratique … mais quand elle met des outils à disposition, il ne faut pas s’en priver !

J’ai répondu à la consultation ouverte à tous, citoyens et organisations, concernant l’acte sur le marché unique. C’est l’affaire d’un quart d’heure à 20 minutes et c’est important.

Dans cette consultation, on pose notamment la question des priorités à traiter par l’Union Européenne, et parmi les priorités proposées, certaines concernent directement l’économie sociale et la vie citoyenne : les SIEG (terme barabare pour les services économiques d’intérêt général dans lesquels on retrouve les services sociaux), l’entreprise sociale, l’innovation sociale, la consultation et le dialogue avec la société civile.

Alors prenez un peu de temps et répondez, car plus il y aura de voix pour défendre la place du citoyen et de ses initiatives, plus nous aurons de chances de voir nos priorités prises en compte.

Le lien pour accéder à la consultation :

http://ec.europa.eu/yourvoice/ipm/forms/dispatch?form=smact&lang=fr

La démocratie albanaise en danger !

février 1, 2011

Pendant que nos regards portent sur les mouvements politiques et sociaux en Côte d’Ivoire, en Tunisie et en Egypte, une situation assez proche est en train de se dérouler à nos portes, en Europe. En Albanie, un gouvernement élu lors d’un scrutin dont les résultats sont encore contestés, se trouve face à une contestation populaire qui met en cause de nombreuses manipulations et corruptions effectuées par des ministres. Lors d’une manifestation, le 21 janvier dernier, la police tire sur la foule et tue 3 personnes (dont 2 distantes de la partie la plus mouvementée de cette manifestation !) et en blesse de nombreuses autres. Le Procureur de la République demande l’arrestation des responsables policiers, mais le Premier Ministre refuse que ces personnes soient mises en cause.

Au-delà des faits en Albanie, et en élargissant le regard aux autres évènements récents, deux choses me frappent :

1. Nous vivons actuellement, dans de nombreux pays, une révolte des citoyens contre des gouvernements corrompus, des oligarchies avides de pouvoir mais aussi de richesses. Une révolte justifiée par la difficulté de ces citoyens à vivre décemment et avec un minimum de libertés, face à cet étalage de pouvoir et d’abondance.

2. Et nous assistons à une réaction gênée, à reculons, des gouvernements et dirigeants de nos démocraties, pour prendre le parti de peuples pourtant dans leur bon droit face à ces situations dont ils sont victimes.

Les raisons de ce maintien au pouvoir d’élites vivement contestées et éminement contestables avec l’appui discret, gêné, de dirigeants de pays démocratiques, peuvent sûrement s’expliquer du point de vue macro-politique (géopolitique, équilibre des puissances, risques liés aux extrémismes …). Mais nous, citoyens, ne pouvons pas rester muets, car l’enjeu est celui de la gouvernance de notre monde. Soit nous acceptons la situation actuelle, et nous risquons un jour de voir ce qui se passe chez nos voisins de l’Est ou du Sud se reproduire chez nous, soit nous réfléchissons ensemble, avec eux, à de nouvelles voies plus respectueuses des droits humains et de la dignité économique et sociale.

La société civile internationale doit faire entendre sa voix !

En ce qui concerne la crise politique grave qui secoue l’Albanie, vous pouvez consulter l’article mis en ligne sur le blog de EUCLID NETWORK par Juliana Hohxa.

http://euclidnetwork.wordpress.com/2011/02/01/albanian-events-is-albania-going-to-civil-war/

Robin Hood’s Bay : comment la communauté change tout !

janvier 7, 2011

C’est un lieu paradisiaque dans une baie au bord de la Mer du Nord quelque part au nord de l’Angleterre. C’est un village de 600 maisons … mais c’est aussi une communauté qui vit, se rencontre régulièrement et est connectée à Internet grâce à un réseau large bande mis en place par elle-même !

En en parlant avec l’initiateur Cliff Southcombe, j’ai compris « avec les tripes » ce que « entreprendre autrement veut vraiment dire.

1. Les fournisseurs d’accès WiFi n’ont aucun intérêt commercial à développer pour une si petite communauté, qui aurait pu rester dans le « trou noir » de la fracture numérique. Ce n’est que l’initiative locale qui a permis de développer cet accès à Internet.

2. Tous les jeudis, les membres de la communauté « Broad Band » se réunit dans un pub (on est en Angleterre, ne l’oubliez pas !) pour discuter des affaires courantes … et échanger autour d’un verre sur les problèmes de connexion ou de fonctionnement d’un ordinateur. Quel meilleur SAV que son voisin, proche, sympa (c’est peut-être lui qui a offert la bière du jour, en plus !!!) et … compétent à force de bidouiller et d’échanger les informations avec les copains.

3. Du coup, tout le monde se connaît et échange un mot. Du coup il existe une réelle solidarité locale qui dépasse Internet, qui fait que les gens ne sont pas isolés, que d’autres activités se développent naturellement dans le village et qu’il y fait bon vivre.

4. Et ce flux social, dans l’intérêt commun de tous, est alimenté financièrement par la (modique) redevance payée par les membres et par les visiteurs qui se connectent. Cet argent est utilisé pour entretenir l’équipement, mais aussi pour financer une fête annuelle ! Une affaire profitable financièrement mais aussi socialement donc : l’efficacité ne se limite pas à l’argent !

Le « profit pour le profit » qui isole et exacerbe l’envie, l’avidité, la jalousie et surtout qui au bout du compte peut rendre très solitaire, comparé à une vraie vie sociale solidaire ? C’est à réfléchir non ???

EN TOUT CAS BRAVO ROBIN HOOD’S BAY … A VISITER ABSOLUMENT POUR SON PAYSAGE, SON VILLAGE ACCUEILLANT … ET SA COMMUNAUTE VIVANTE, SYMBOLIQUE D’UNE AUTRE ECONOMIE SOCIALE, SOLIDAIRE ET SI PROFONDEMENT HUMAINE !!!

La solidarité est une valeur efficace !

décembre 16, 2010

Le rapport 2010 d’Odissée établit, en France comme en Europe, un lien très fort entre performance et lien social … (v. article paru dans La Croix du 16 décembre 2010). Où l’on retrouve une évidence souvent occultée : la performance individuelle n’est pas la panacée quand elle est isolée de son contexte, car l’homme reste un « animal social » !

Cette étude rejoint les constat qui ont alimenté les débats qui se sont déroulés hier à la MGEN sur le « socle de protection social ». Le débat sur cette initiative des Nations Unies qui vise à assurer un minimum de protection sociale aux 80% de la population mondiale qui n’en bénéficient pas, s’est déroulé entre le Président de la MGEN Thierry BEAUDET, de Martin HIRSCH (actuellement membre du Groupe Consultatif sur le socle de protection sociale), de Christian Jacquier (BIT), de Jean-Marie SPAETH (ancien Président de la CNAM et actuel Président du GIP SPSI) et du Président du Réseau Education et Solidarité Jean-Philippe HUCHET. Des études effectuées par le BIT et les Nations Unies prouvent que les pays bénéficiant d’une protection sociale se sortent mieux de la crise que les autres. La solidarité est donc bien une condition de la performance. On pourrait dire la même chose de la comparaison entre sociétés d’assurance et mutuelles dans le domaine de la santé : là où les lucratifs ne reversent en prestation à leurs clients que 65-70% des primes versées en France, une mutuelle comme la MGEN en est à 95% ! OUI LA SOLIDARITE EST ECONOMIQUEMENT EFFICACE pour ceux qui y participent et pour l’ensemble de la société. Pourquoi ne mentionne-t-on jamais que le coût de la santé en pourcentage du PIB aux Etats-Unis inclut les frais de gestion, la rémunération des actionnaires et les coûts de communication des sociétés d’assurance lucratives … ce qui accroît fortement le coût pour la société, sans accroître l’efficacité des soins !!!?

Et cette efficacité mesurée économiquement n’est qu’un aspect. Rajoutons que les entreprises d’économie sociale sont aussi plus efficaces que l’Etat pour mobiliser les citoyens et équilibrer chez eux les droits et les responsabilités. Des adhérents d’une mutuelle impliqués dans les décisions sur leur couverture santé ou retraite ne sont pas de purs « consommateurs » mais des vrais décideurs. OUI LA SOLIDARITE EST SOCIALEMENT EFFICACE !

La solidarité une valeur ringarde ? Plutôt une valeur qui a une longueur d’avance !